La loi de l’attraction : peut-on changer sa réalité par la pensée ?

Changer de vie, trouver sa place, construire une relation heureuse ou simplement se sentir mieux. Derrière l’idée de « créer sa réalité », il y a souvent un souhait très concret : celui de pouvoir infléchir le cours de sa vie plutôt que de le subir.

Selon la loi de l’attraction, nos pensées attireraient les expériences qui leur correspondent. Visualiser ce que nous désirons, y croire et ressentir les émotions associées à sa réalisation permettraient de « manifester » ce qu’on veut dans notre vie.

Mais que se passe-t-il entre le souhait et sa réalisation ?
Comment nos pensées peuvent-elles vraiment influencer notre réalité ?

Loi de l’attraction : pouvoir magique ou psychologique ?

Dans sa version où nos pensées attireraient directement les événements correspondants, la loi de l’attraction passe du désir au résultat sans vraiment expliquer ce qui les relie.
À ce jour, aucune donnée expérimentale ne montre que nos pensées puissent, à elles seules, attirer un événement extérieur ou conduire l’Univers à réaliser nos désirs.

Or, si une personne visualise un nouvel emploi puis l’obtient, cette succession ne suffit pas à démontrer une attraction. Entre les deux, elle a peut-être précisé ses attentes, repéré une annonce, sollicité son entourage ou mieux préparé un entretien.

La visualisation a pu jouer un rôle dans sa démarche. Cela ne prouve pas que sa pensée a provoqué l’événement indépendamment de ses comportements et des circonstances.

La distinction devient particulièrement importante lorsque le résultat espéré n’arrive pas. Si toute réussite est attribuée à la qualité de nos pensées, l’échec risque d’être expliqué par un manque de conviction, une peur cachée ou une attitude trop négative. La promesse de liberté se transforme alors en exigence : il faudrait surveiller son esprit pour ne pas attirer le malheur.

Nous pouvons pourtant avoir des doutes et entreprendre quelque chose d’utile.
Nous pouvons aussi être confiants, agir avec persévérance et rencontrer un obstacle qui ne dépend pas de nous.

Pour comprendre l’influence de nos pensées, il faut donc regarder ce qu’elles changent dans notre manière de vivre et d’agir, plutôt que déduire leur pouvoir du seul résultat obtenu.

Nos pensées changent-elles notre réalité ?

Dire que nos pensées changent notre réalité peut sembler confirmer la loi de l’attraction. Pourtant, tout dépend de ce que nous appelons « réalité » et de la manière dont nos pensées peuvent la transformer.

Cette affirmation peut sembler confirmer la loi de l’attraction. Pourtant, tout dépend de ce que nous appelons « réalité » et de la manière dont nos pensées peuvent la changer.

Sur quelle réalité pouvons-nous agir ?

Le mot « réalité » peut désigner les circonstances de notre vie : notre logement, notre travail, nos relations ou nos ressources.
Mais il désigne aussi ce que nous vivons au sein de ces circonstances : nous sentir à notre place ou en décalage, percevoir une possibilité ou une impasse, éprouver de la confiance ou de l’inquiétude.

Une difficulté financière ne disparaît pas parce que nous changeons notre regard sur elle. À l’inverse, une amélioration matérielle ne suffit pas toujours à nous rendre heureux.

Les circonstances et la manière dont nous les vivons sont liées, mais nous n’avons pas le pouvoir d’agir directement sur la matière, simplement en formulant un vœu. En revanche, nos pensées ont une influence sur la manière dont nous agissons à partir des événements.

Nos pensées influencent notre interprétation des événements

Nos pensées peuvent néanmoins influencer notre manière d’interpréter une situation, les possibilités que nous envisageons et les actions que nous entreprenons : une conviction peut nous pousser à essayer ; une autre, nous conduire à renoncer avant même d’avoir commencé.
Ces comportements peuvent ensuite effectivement modifier ce que nous vivons.

Prenons une situation simple : une candidature reçoit une réponse négative. Le refus est un fait. Mais plusieurs interprétations sont possibles : « Je n’ai pas les compétences », « Mon profil ne correspondait pas à ce poste », ou encore « Je ne trouverai jamais ma place ».

À partir d’un même événement, ces interprétations peuvent orienter des réponses différentes. Nous pouvons abandonner nos recherches, retravailler notre candidature, demander un retour ou explorer une autre piste. Aucune de ces démarches ne garantit le prochain recrutement. Certaines ouvrent néanmoins des possibilités que le renoncement aurait fermées.

Nos pensées ont donc déjà un pouvoir réel : elles influencent le sens que nous donnons aux événements, les possibilités que nous envisageons et les réponses que nous leur apportons.
Ces réponses peuvent, à leur tour, contribuer à modifier certaines circonstances de notre vie.

Un événement peut ainsi devenir une occasion de changement par le sens que nous lui donnons et la réponse que nous choisissons d’y apporter. Nous n’avons pas besoin d’y voir un message de l’Univers pour qu’il compte dans notre vie.

Cette distinction rejoint une idée centrale du stoïcisme, formulée par Épictète : nos jugements sur les événements participent à ce qui nous trouble. Un événement constitue un fait auquel notre interprétation personnelle ajoute une signification.
Sans nier les difficultés réelles, le stoïcisme invite à examiner les interprétations que nous leur ajoutons.
Pour approfondir cette approche, retrouvez mon article consacré au stoïcisme.

Les explications de la psychologie et les neurosciences sur le véritable pouvoir de la pensée

Vous formulez un souhait, puis une occasion se présente. La loi de l’attraction aurait-elle fonctionné pour manifester cette possibilité dans votre réalité ?

La psychologie et les neurosciences permettent d’identifier plusieurs mécanismes susceptibles de contribuer à cette expérience. Ils concernent notre attention, nos comportements et notre interprétation des événements. Ils ne démontrent pas que nos pensées conduisent l’Univers à réaliser nos désirs.

Une intention précise peut orienter notre attention et préparer l’action

« Je veux changer de travail » donne une direction. Mais cette intention générale ne précise pas encore ce que nous ferons lorsqu’une possibilité se présentera.

Préparer une réponse à une situation précise comme par exemple : « si je vois une annonce correspondant à mes critères, je prends le temps de l’examiner », peut nous aider à repérer et à mémoriser les indices pertinents. Les recherches sur ces plans d’action montrent qu’ils peuvent faciliter la détection d’une occasion et le déclenchement du comportement prévu. Wieber, Thürmer et Gollwitzer, 2015

Appliqué à une recherche d’emploi, ce mécanisme peut expliquer pourquoi certaines annonces semblent soudain retenir davantage notre attention.
Notre intention initiale ne les a pas pourtant pas forcément fait apparaître : elle nous a préparés à les remarquer et à agir lorsqu’elles se présentent.

L’intention ne commande pas le résultat, mais elle peut organiser notre attention et nos comportements. C’est ensuite par nos actions que nous intervenons sur notre environnement.

Nos attentes peuvent influencer notre perception et nos interactions

Les recherches examinent également comment nos attentes et notre attention modifient leur traitement par le cerveau.
Attendre quelque chose et y prêter attention sont deux processus liés, mais distincts. Summerfield et Egner, 2009

Cela donne un sens précis à l’idée que notre esprit participe à notre expérience de la réalité : notre cerveau ne fonctionne pas comme une caméra enregistrant passivement le monde.
Cependant, ces travaux sur la perception ne montrent pas que penser à un événement permet de le produire à distance.

Nos intentions et nos attentes peuvent orienter notre attention vers certains éléments plutôt que vers d’autres. Ce que nous remarquons contribue ensuite à la manière dont nous percevons et interprétons une situation. Cette influence ne s’arrête pas à notre perception : nos attentes peuvent également modifier notre comportement au cours d’une interaction.

Des expériences de psychologie sociale ont montré que certaines attentes ou croyances peuvent influencer les comportements pendant une interaction et contribuer à susciter des réponses qui les confirment.
Si nous anticipons un accueil hostile, nous pouvons entrer dans une conversation sur la défensive. Si nous attendons un échange agréable, nous pouvons nous montrer plus ouverts. Notre interlocuteur peut alors réagir à l’attitude que nous adoptons.
C’est un mécanisme de prophétie autoréalisatrice : la croyance participe au résultat à travers l’échange entre les personnes. Snyder, Tanke et Berscheid, 1977

Cela ne signifie pas que nous contrôlons les autres. Leur comportement dépend aussi de leurs intentions, de leur histoire et de la situation.

Coïncidence ou simple biais de confirmation ?

Vous pensez à une personne juste avant qu’elle vous appelle : la coïncidence est frappante et peut donner l’impression que votre pensée a provoqué son appel. Mais combien de fois avez-vous pensé à cette personne sans qu’elle vous contacte ? Ces situations, parce qu’elles ne présentent rien de remarquable, sont beaucoup moins faciles à retenir.

Nos journées sont traversées par une multitude de pensées, d’attentes et d’événements. Plus ces occasions se multiplient, plus il devient probable que certaines finissent par coïncider. Pourtant, nous prêtons spontanément davantage attention aux correspondances qu’aux nombreuses fois où notre pensée n’a été suivie d’aucun événement.

Le biais de confirmation désigne cette tendance à rechercher, retenir ou interpréter plus facilement les informations qui confortent ce que nous croyons déjà. Il peut renforcer la croyance dans la loi de l’attraction : nous comptabilisons mentalement les souhaits qui semblent s’être réalisés, mais beaucoup moins ceux qui sont restés sans suite. Nickerson, 1998

Ces mécanismes permettent de comprendre pourquoi certaines pratiques associées à la loi de l’attraction peuvent sembler fonctionner. Clarifier un souhait, préparer une action ou aborder une interaction autrement peut avoir des conséquences réelles. Mais constater un changement ne suffit pas à établir que nos pensées l’ont directement attiré.

Comment alors, utiliser notre imagination pour nous aider à construire ce que nous souhaitons ?

Visualisation : imaginer le résultat suffit-il ?

La visualisation occupe une place importante dans les discours sur la manifestation. Mais imaginer une réussite et imaginer comment la préparer sont deux activités différentes.

Dans une étude auprès d’étudiants préparant un examen, ceux qui avaient imaginé le processus de préparation ont davantage étudié et obtenu de meilleures notes. Les chercheurs ont notamment relié cet effet à une meilleure planification et à une diminution de l’anxiété. Ce résultat concerne une situation précise ; il ne démontre pas que toute visualisation améliore toute performance. Pham et Taylor, 1999

D’autres recherches ont distingué les attentes positives – juger une réussite probable – des rêveries agréables sur un avenir idéal.
Dans les situations étudiées, les premières étaient associées à davantage d’effort et de réussite, tandis que les secondes présentaient la relation inverse. 
Rêver d’un résultat heureux ne mobilise donc pas automatiquement les moyens de l’obtenir. Oettingen et Mayer, 2002

La visualisation peut même devenir un refuge qui remplace l’action.
Attendre un signe ou une réponse de l’Univers risque alors de retarder les
actions à mettre en place qui permettraient réellement de faire évoluer la situation.

Pour un projet qui nous tient à cœur, nous pouvons ainsi compléter l’image du résultat souhaité par des questions concrètes :

  • quelle étape faudra-t-il franchir ?
  • Quel obstacle risque de se présenter ?
  • De quelle aide aurons-nous besoin ?

La pensée peut alors être un moyen de préparer notre participation au changement.

La promesse magique de la loi de l’attraction, mise en scène.

Comment passer du souhait à un changement concret dans notre vie ?

« Je veux être plus heureuse » exprime une aspiration, mais ne nous indique pas encore quoi changer. Souhaitons-nous davantage de repos, des relations plus satisfaisantes, un travail qui nous convient mieux, du temps pour une activité que nous aimons ?

Préciser ce que nous désirons permet de chercher une prise sur notre situation. Si nous souhaitons un quotidien moins chargé, nous pouvons examiner nos engagements, demander une autre répartition des tâches ou renoncer à certaines exigences. Ces démarches ne résolvent pas tout, mais elles donnent une direction au changement.

Nous pouvons commencer par trois questions :

  • Qu’aimerais-je voir changer dans ma vie, concrètement ?
  • Sur quoi puis-je agir, et de quels moyens ou soutiens ai-je besoin ?
  • Quelle première action puis-je entreprendre dans ma situation actuelle ?

Cette démarche peut aussi révéler qu’une difficulté exige des ressources supplémentaires, une décision collective ou l’aide d’une autre personne. Reconnaître notre marge d’action implique également d’en reconnaître les limites.

Nous n’avons pas besoin de penser positivement en permanence

Une peur peut signaler un risque à examiner. Une déception peut nous aider à reconnaître ce qui compte pour nous. Un doute peut nous conduire à mieux préparer une décision.

Nous pouvons écouter ces pensées sans leur laisser décider seules. « J’ai peur d’échouer » n’impose pas forcément de renoncer ; cela peut inviter à réduire l’ampleur d’un premier essai ou à chercher un appui.

Le changement peut donc commencer alors que nous sommes encore hésitants. Il peut également prendre la forme d’une pause, d’une limite posée ou d’un objectif révisé. Agir sur sa vie ne signifie pas devoir toujours en faire davantage.

Etre créatrice de sa réalité, sans prétendre tout contrôler

Nos pensées participent à notre expérience : elles influencent les significations que nous donnons aux situations et les réponses que nous envisageons. Nos actions peuvent ensuite modifier certaines circonstances. Mais nous partageons le monde avec d’autres personnes, leurs choix, des contraintes et des événements imprévus.

Un résultat heureux ne prouve pas que l’Univers a répondu à notre demande grâce à la loi de l’attraction. Un échec ne prouve pas davantage que nous avons attiré ce qui nous arrive.

L’expression « créer sa réalité » sa réalité, plutôt que « l’attirer », peut néanmoins avoir du un sens : prendre part à la construction de sa vie, en examinant ce que nous souhaitons, comment y parvenir et agir avec une intention claire.

Cependant, on retrouve souvent dans les discours sur la manifestation, l’idée que notre conscience influencerait la matière. La physique quantique apporterait-elle la preuve d’une influence directe sur notre réalité ? Pour l’examiner, il faut distinguer ce que les expériences établissent des interprétations et des pouvoirs qu’on leur attribue. Ce sera l’objet d’un prochain article.

Pour aller plus loin

Richard Wiseman, 59 secondes pour prendre les bonnes décisions, JC Lattès. Le psychologue examine plusieurs idées reçues du développement personnel à partir de recherches en psychologie. Le chapitre sur la motivation aborde notamment les limites de la visualisation du résultat et l’intérêt de préparer les actions.
11,99 € en version papier / 7,99 € en version Kindle / 11,99 € en livre audio

James Clear, Un rien peut tout changer, Larousse. Un ouvrage pratique pour comprendre comment de petites actions répétées peuvent progressivement transformer nos habitudes et nous rapprocher d’un objectif.
19,99 € en version papier / 13,99 € en version Kindle

La méthode WOOP , développée à partir des travaux de Gabriele Oettingen. Cette méthode gratuite propose de transformer un souhait en plan concret en quatre étapes : souhait, résultat, obstacle et plan.

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Rédactrice Les Futées, média féminin de ressources et astuces pour alléger le quotidien des femmes débordées
Elina - Les Futées

Maman solo de 4 ados instruits en famille pendant plus de 10 ans, Elina partage sur Les Futées des idées, des ressources et des découvertes utiles pour alléger un peu le quotidien sans s’épuiser ni se ruiner.

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